10/05/2016 : Religion, écologisation et agriculture paysanne

Publié le par LISST

Prochaine séance du séminaire Coexistence/Opération Mondes Ruraux/Labex SMS.


Mathieu Gervais, postdoctorant au Groupe Sociétés Religions Laïcités (GSRL-EPHE)
Mardi 10 mai 2016 14h-17h

Amphithéâtre Sabatier
Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse
Avenue de l’Agrobiopole
31326 Castanet Tolosan Cedex

Les mondes ruraux ont longtemps attiré l'attention des chercheurs en tant que lieux de forte pratique religieuse. Deux questions ont servi de guides à l'intérêt croisé envers les agriculteurs et la religion. La première se demandait pourquoi les niveaux de pratiques étaient là plus élevé qu'ailleurs et présentait la religion comme facteur de religiosité. La seconde s'intéressait aux mutations des mondes agricoles et voyait la religion comme vecteur de la modernisation. La religion était appréhendée sous la forme d'une force agissante dont l'efficacité reposait sur des institutions et des rites identifiables : après la paroisse, l'Action catholique rurale constitua un objet d'études privilégié. La diminution de l'écart entre pratiques religieuses rurale et urbaine, associée au non renouvellement des outils théoriques à partir desquels considérer les liens entre agriculture et religion explique en partie la désuétude de ces questions.

Toutefois, l'écologisation contemporaine de l'agriculture appelle un certain nombre de réflexions susceptibles de renouveler l'intérêt envers l'étude de la religion à l'intérieur des mondes ruraux. La remise en cause d'une légitimation instrumentale des techniques agricoles questionne la définition du lien entre science et pratique et au-delà entre science et croyance. La réorganisation du rapport productif à la nature interroge donc la manière dont les agriculteurs élaborent et justifient leurs pratiques. Que ce soit l'agriculteur biodynamique à la spiritualité New Age ou l'agriculteur durable dont les parents étaient catholiques, tous sont confrontés à la remise en cause d'un modèle technique productiviste et d'une définition minière de la nature : cette situation d'incertitude est propice à l'actualisation d'un héritage religieux et de la performativité contenue dans les convictions spirituelles.

L'agriculture paysanne constitue un cas d'études qui fait ressortir la double dimension historique et sociologique de l'influence de la religion sur l'écologisation. D'une part, les réseaux contemporains de l'agriculture paysanne sont les héritiers d'une lutte théologique, professionnelle et politique pour la définition de la nature. En effet, la nouvelle gauche paysanne d'où émerge l'agriculture paysanne dans les années 1980 est constituée par une réflexion faisant discuter marxisme et christianisme, qui critique l'existence d'une loi naturelle et qui reconnaît l'importance émancipatrice des luttes écologistes. D'autre part, si le religieux s'est transformé, il continue d'être actif comme héritage et comme conviction. Ainsi, à côté d'une critique de la religion en tant qu'institution on voit émerger chez les agriculteurs paysans une valorisation de la spiritualité comme modalité non-productiviste d'un lien avec le vivant. L'exploration de ces pistes amène à préciser les tensions et les enjeux de l'écologisation portée entre autres par l'agriculture paysanne.

Cordialement

François Purseigle francois.purseigle@sciencespo.fr
Professeur de sociologie
Institut National Polytechnique de Toulouse
Ecole Nationale Supérieure Agronomique
UMR INP-INRA AGIR

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